A l'initiative de Son Président S.A.S. le Prince Albert II, la Fondation Prince Albert II de Monaco et le WWF ont établi dès janvier 2008 un partenariat pour agir en vue de préserver le thon rouge de l'extinction écologique. Ce projet d'une durée de trois ans avait comme objectifs de promouvoir une consommation responsable, de créer un sanctuaire marin pour le thon rouge protégeant l'une des dernières zones de reproduction en méditerranée et de mettre en place une campagne scientifique qui procède à la capture vivante, à la mesure, au marquage (conventionnel et satellite) et à la remise en liberté de thons rouge afin d'améliorer les connaissances scientifiques sur l'espèce. Au niveau de la principauté de Monaco, les restaurateurs ont été nombreux depuis 2008 à répondre à l'appel lancé conjointement par la Fondation Prince Albert II et l'association MC2D pour ne plus consommer du thon rouge et contribuer ainsi à sensibiliser à la nécessité de sauver, pendant qu'il est encore temps, cette espèce emblématique de la Méditerranée, élément essentiel de l'équilibre de la diversité biologique de notre mer. Un moratoire, de fait, a été instauré en relation avec les commerçants et métier de bouche et Monaco est devenu le premier état « sans thon rouge ». Les Services de l'Etat monégasques, appuyés par la Fondation Prince Albert II de Monaco, ont alors lancé une procédure d'inscription du thon rouge à l'annexe I de la CITES (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Cette procédure a débuté par une consultation des Etats de l'aire de répartition de l'espèce et des Etats qui ont des quotas de pêche déclarés à l'ICCAT (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique). En effet, Monaco, par la voix de SAS le Prince Albert II, défend cette action afin de sauvegarder l'espèce dont les stocks se sont effondrés sous l'effet de la surpêche. Depuis plusieurs mois, cette inscription qui entraînerait l'interdiction du commerce international de ce poisson faisait débat au sein de l'Union européenne. Bruxelles avait semblé dans un premier temps avoir trouvé un compromis en recommandant aux pays membres de l'UE de soutenir cette demande d'inscription du thon rouge à l'Annexe I de la CITES lors de la prochaine réunion de la Convention en mars 2010. Le vote du 21 septembre 2009 n'a pas confirmé ces bonnes dispositions ou seulement 21 pays sur 27 se sont prononcés pour l'interdiction du commerce international du thon rouge. La proposition lancée par Monaco n'a pas été suivie par l'ensemble des pays membres de l'UE puisque les 6 pays méditerranéens, où la pression des lobbies de la pêche est forte, se sont tous prononcés contre. L'unanimité requise pour une telle décision n'était donc pas atteinte ce qui a provoqué une grande déception de la part de la Principauté de Monaco et des associations écologistes L'attitude de la France avait ensuite soulevé de vives critiques notamment au niveau des ONG. Le pays, qui s'était dans un premier temps engagé, par la voix du président Sarkozy, à voter pour la proposition monégasque, a ensuite fait marche arrière, parlant d'une inscription du thon rouge à l'annexe II de la CITES, ce qui autoriserait le commerce de l'espèce mais avec des quotas. A la fin septembre 2009, la France se réservait toutefois la possibilité de revoir ses positions en fonction des données sur l'état des stocks de thon rouge annoncées lors de la réunion de l'ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thonidés de I Atlantique) prévue quelques semaines après. Cette dernière, organisée en novembre, a débouché sur une décision qui n'a finalement satisfait personne. L'ICCAT a en effet annoncé une baisse de 40 % des quotas de pêche au thon rouge pour 2010, de 22 000 à 13 500 tonnes, et une réduction de la période de pêche à un mois, du 15 mai au 15 juin. Pour les pêcheurs, qui estiment avoir déjà fait de nombreux efforts, cela remet en cause l'avenir de leur profession. De leur côté, les écologistes, comme l'organisation américaine Pew Environment Group, le WWF et Greenpeace, ont déploré des quotas encore trop élevés pour permettre une restauration des populations de thon rouge. La réunion de la CITES en mars 2010 apparaissait désormais comme celle de la dernière chance pour l'avenir du thon rouge. Car si du côté des consommateurs et des restaurateurs plusieurs mesures ont récemment été prises pour protéger l'espèce, notamment en France ou les grands chefs se sont engagés à ne plus servir de thon rouge comme l'avait fait Monaco depuis deux ans, l'indécision a régné tout le mois de janvier sur le plan politique, en particulier en France ou la décision de soutenir cette initiative tardait à venir. Après plusieurs mois d’hésitations, et après que l'Italie se soit prononcée en faveur de l'annexe I, la France a finalement rejoint le 3 février 2010 le club des pays européens favorables à une interdiction du commerce international du thon rouge en préconisant d’inscrire cette espèce menacée à I annexe I de la Cites, dont les 175 pays membres doivent se réunir à Doha du 13 au 25 mars. La France a néanmoins assorti sa position de conditions. Elle réclame un délai de dix-huit mois, soit jusqu’en septembre 2011, avant I' entrée en vigueur de cette interdiction. Cette décision n'a satisfait aucune des deux parties qui jusqu'à présent s'opposaient. Le président du Syndicat des thoniers méditerranéens, Mourad Kahoul, s’est déclaré « en état de choc » Tandis que Greenpeace a accusé la France de « sauver les apparences » en affirmant vouloir sauver l’espèce, mais pas tout de suite. Le japon, grand consommateur de thon rouge, qui doit pourtant accueillir en octobre la Conférence internationale sur la biodiversité, fait le maximum pour éviter que le thon rouge de l’Atlantique ne soit inscrit a l’annexe I de la CITES. Une telle décision, synonyme de moratoire sur son commerce, est très mal perçue au niveau de l'archipel et pourrait avoir de fortes répercussions économiques.Dans ce contexte, même I' appel lancé en novembre par l'ICCAT pour une baisse à 13500 tonnes des quotas de prises pour 2010 aurait été moins contraignant pour le Japon. De son côté les deux Commissaires européens en charge de l'environnement et de la pêche ont pris une position favorable à cette inscription ; Proposition qui sera soumis d'ici peu aux Etats membres. De nombreux débats sont en cours dans plusieurs Etats. Le mercredi 3 mars l'administration Obama a annoncé qu'elle se prononcera favorablement pour l'inscription en annexe 1 de la Cites à Doha, c'est ensuite au tour de l'union européenne qui a annoncé officiellement le 10 mars qu'elle votera en faveur de cette inscription en demandant toutefois un délai d'application de 12 mois. La conférence a rejeté jeudi 18 mars à Doha la proposition de Monaco Le Japon, principal consommateur de thunnus thynnus et qui s'y opposait, a été largement suivi par les pays en développement. La proposition monégasque a donc été rejetée par 68 voix, 30 abstentions et seulement 20 voix ont été favorables. La proposition européenne, qui prévoyait un délai d'inscription à l'Annexe I, a également été rejetée par 72 voix contre 43 et 24 abstentions. |